LITTÉRATURE (DIRE - LIRE - ÉCRIRE) - Cycle 3 |
Le programme de littérature du cycle 3 vise à donner à
chaque élève un répertoire de références
appropriées à son âge et puisées dans la
littérature de jeunesse, qu'il s'agisse de son riche
patrimoine ou de la production toujours renouvelée qui la
caractérise. Il permet ainsi que se constitue une culture
commune susceptible d'être partagée, y compris entre
générations. Ces rencontres avec les oeuvres passent
par des lectures à haute voix (du maître ou des élèves)
comme par des lectures silencieuses. Elles permettent d'affermir la
compréhension de textes complexes, sans pour autant s'enfermer
dans des explications formelles difficilement accessibles à
cet âge. Elles se poursuivent par des échanges et des
débats sur les interrogations suscitées et donnent par
là l'occasion d'éprouver les libertés et les
contraintes de toute interprétation.
Avec les oeuvres
poétiques et théâtrales, les élèves,
guidés par leur enseignante ou leur enseignant, prolongent
l'interprétation en cherchant à la transmettre au
public de leurs camarades ou à un public plus large. En
liaison avec les activités artistiques (musique, arts visuels,
danse) ou dans le cadre d'un projet, ils élaborent la mise en
voix et la mise en scène des textes.
L'univers de cette
littérature se découvre aussi, dès l'école
primaire, par la pratique de l'écriture. Cette expérience,
plus exigeante, permet à l'élève de commencer à
prendre conscience des spécificités du monde des
fictions.
Ces multiples parcours de lecture et d'écriture
sont programmés par les maîtres de l'équipe de
cycle en s'appuyant sur la bibliographie publiée et
régulièrement mise à jour par les soins du
ministère de l'éducation nationale.
Une partie de
l'horaire consacré à la littérature est réservée
à des "ateliers" de lecture qui conduisent
progressivement tous les élèves à une véritable
autonomie face aux textes. Cela suppose un travail régulier et
patient conjuguant l'amélioration de la reconnaissance des
mots ainsi que la structuration et la diversification des stratégies
de compréhension des textes. La part de l'emploi du temps
réservée aux ateliers varie du début à la
fin du cycle en fonction des besoins des élèves.
PROGRAMME
1
- Lecture des textes de la littérature de jeunesse
Les
textes lus au cycle 3 sont choisis parmi ceux qui sont répertoriés
dans la bibliographie publiée avec les textes d'application.
Elle comporte des "classiques de l'enfance" souvent
réédités et qui constituent un patrimoine se
transmettant de génération en génération.
Elle comporte aussi des oeuvres de la littérature de jeunesse
vivante dont la liste est régulièrement renouvelée.
Chaque année, deux "classiques" doivent être
lus et au moins huit ouvrages appartenant à la bibliographie
de littérature de jeunesse contemporaine.
Ce programme de
lecture ne paraît démesuré que si l'on tente
d'expliquer dans le détail et dans sa totalité chacun
des textes choisis. Il ne s'agit surtout pas d'enfermer les élèves
plusieurs semaines durant dans un livre qui va perdre, de ce fait,
tout intérêt et même toute signification. On
privilégiera au contraire le parcours rapide, seul susceptible
de permettre à cet âge la compréhension
d'ensemble de l'oeuvre. Une séance peut suffire pour une
courte nouvelle ou un poème, une à deux semaines sont
nécessaires pour terminer un roman un peu long. L'enseignant
peut lire le texte à haute voix, résumer des passages
trop longs ou faisant trop digression, inviter ses élèves
à des lectures oralisées, à des lectures
silencieuses faites en classe ou hors de la classe... L'essentiel est
de permettre que l'oeuvre vienne s'inscrire dans la mémoire de
chacun par les divers aspects qui la constituent : les personnages,
la trame narrative, des expressions, le texte d'un passage fort (qui
peut faire l'objet d'une mémorisation littérale suivie
d'une interprétation)...
Le maître guide les élèves
dans leur effort de compréhension. Il les engage à
reformuler ce qu'ils ont compris avec leurs propres mots, puis, par
un dialogue attentif, il les conduit à combler les lacunes ou
les erreurs qu'il constate. Il les aide à construire les
articulations entre chaque séance de lecture d'un même
texte (synthèse de ce qui a été lu, débat
tentant d'anticiper ce qui peut suivre, contrôle par la
lecture, etc.). L'enseignant éduque ainsi ses élèves
à la nécessaire rigueur qui préside à
tout acte de lecture.
C'est aussi l'occasion, pour l'enseignant,
d'attirer l'attention sur les aspects les plus ouverts de l'oeuvre et
de susciter des conflits d'interprétation nécessitant
un effort d'argumentation.
Pour que l'élève puisse
acquérir des références culturelles, il importe
que les lectures ne soient pas abordées au hasard, mais se
constituent, tout au long du cycle, en réseaux ordonnés
: autour d'un personnage, d'un motif, d'un genre, d'un auteur, d'une
époque, d'un lieu, d'un format, etc. Au cycle des
approfondissements, c'est cet aspect de la lecture littéraire
qui doit être privilégié plutôt que
l'explication approfondie d'une oeuvre
Chaque lecture, lorsqu'elle
a fait l'objet d'un travail de compréhension et
d'interprétation, laisse en suspens des émotions et
pose de multiples questions qui peuvent devenir des thèmes de
débat particulièrement riches. Cette exploration de
l'univers de connaissances et de valeurs qu'est la littérature
peut être conduite très librement à partir d'un
texte (voire d'un extrait) ou, au contraire, de la confrontation de
plusieurs lectures, ou encore en s'appuyant sur des oeuvres ou
connaissances rencontrées dans les autres enseignements (un
film, un tableau, un paysage, un portrait photographique, une
gravure, etc.).
Au cycle 3, la plupart des élèves
deviennent capables de lire de manière autonome des textes de
littérature de jeunesse, c'est-à-dire de les comprendre
et d'en proposer une interprétation sans l'aide de l'adulte.
Toutefois, les compétences de lecture restant à cet âge
très variables, les enseignants veillent à suggérer
des oeuvres appropriées à chacun, tant par l'intérêt
qu'elles suscitent que par les difficultés qu'elles
présentent. L'objectif est de faire de chaque enfant un
lecteur assidu. Là encore, il convient de ne pas être
pusillanime et de pousser chacun à emprunter fréquemment
des livres dans les bibliothèques accessibles (BCD,
bibliothèque publique du quartier, bibliobus, etc.). Un livre
par mois au moins devrait être considéré comme
une base même si l'on sait que, pour certains élèves,
les lectures personnelles du cycle 3 passent encore beaucoup par la
lecture à haute voix des adultes. Les lectures autonomes
doivent relever d'abord du plaisir de la découverte d'une
oeuvre Elles ne doivent déboucher sur aucune activité
susceptible de décourager les élèves mais
peuvent faire une large place à des rituels qui développent
les sociabilités de la lecture : signaler à la classe
une découverte, partager avec un autre lecteur du même
livre ses impressions, conseiller une lecture à un camarade,
faire partie d'un jury de sélection, participer à un
débat avec d'autres classes, etc. On peut aussi encourager les
élèves à se doter d'un "carnet de lecture"
qu'ils utilisent très librement pour conserver en mémoire
les titres des oeuvres lues et le nom de leurs auteurs, pour noter un
passage ou une réflexion et ainsi se donner les moyens d'une
relation plus intime avec le livre. Pour les enfants ne parvenant pas
à cette autonomie, la BCD et la bibliothèque publique
de proximité doivent fournir de multiples occasions
d'auditions de lecture.
2 - Dire les textes
Au
cycle 3, l'élève devient capable de dire les textes lus
et relus ou mémorisés en totalité. Il est plus
judicieux de les choisir parmi les oeuvres découvertes dans
les lectures faites en classe, élues à cette fin pour
le plaisir qu'elles ont procuré lorsqu'on les a rencontrées.
Ce travail repose d'abord sur l'expérimentation active de la
voix et de ses effets (pauses, rythme, inflexions, intonations,
intensité, etc.), ensuite sur l'articulation entre l'effort de
compréhension et celui de diction, enfin sur l'épreuve
du travail fait, face à des auditoires variés. Une
dizaine de textes de longueur raisonnable, particulièrement
bien choisis pour leurs qualités littéraires et le
travail d'interprétation qu'ils permettent, sont mémorisés
chaque année.
Le travail régulier de diction des
textes peut s'accompagner de projets plus ambitieux (en particulier
lorsque le théâtre est abordé), éventuellement
appuyés par le renfort technique d'artistes dans le cadre d'un
projet d'école ou d'un projet artistique et culturel (PAC),
qui, au-delà de la mise en voix, utilisent les ressources
corporelles pour déployer l'interprétation des textes
dans l'espace et pour les donner tout à la fois à
entendre et à voir. Il existe des relations fortes entre dire
des textes et les chanter. Chaque fois que cela sera possible, on
tentera d'articuler l'une et l'autre activité, sans oublier
qu'une chorale peut très judicieusement être l'occasion
de les rapprocher.
La lecture à haute voix joue un rôle
important lors de la rédaction d'un texte ou au moment de sa
révision. Dire son texte ou le texte d'un camarade, c'est en
expérimenter la cohésion et les effets.
3 -
Écrire à partir de la littérature
La
plupart des genres littéraires rencontrés en lecture
peuvent être le point de départ d'un projet d'écriture
(conte, récit des origines, légende, nouvelle
policière, nouvelle de science-fiction, récit de voyage
fictif, fable, pièce de théâtre...).
L'enseignant
conduit ce travail de manière progressive en s'appuyant sur
les textes lus ou en recourant à ceux-ci chaque fois que c'est
nécessaire. Il peut, par exemple, inviter ses élèves
à prolonger, compléter ou transformer un texte
narratif, poétique ou théâtral. Il peut encore
les conduire à écrire un épisode nouveau dans un
texte narratif, un dialogue ou une description destinés à
s'insérer dans un récit ou à le prolonger...
Le
pastiche, l'imitation, le détournement sont les bases du
travail d'écriture, en référence aux textes
littéraires. Le recours aux prototypes doit être
permanent, soit pour dégager des caractéristiques
susceptibles de guider la mise en oeuvre du projet, soit pour
répondre aux questions que sa réalisation ne manque pas
de poser.
La révision reste, comme dans tous les projets
d'écriture, un moment essentiel. Les élèves
doivent être régulièrement conduits à
ajouter, supprimer, remplacer, déplacer des fragments de
textes sur leurs propres brouillons ou sur ceux de leurs camarades,
en s'appuyant sur les annotations des autres élèves ou
du maître et en utilisant les outils construits par la classe.
Ce travail peut s'effectuer sur le papier en mettant en oeuvre
instruments d'écriture, ciseaux et colle, ou sur un logiciel
de traitement de texte dont les fonctionnalités plus complexes
sont découvertes à cette occasion. Il en est de même
pour tout ce qui relève de la révision
orthographique.
Tout projet d'écriture peut se prolonger
par un projet d'édition du texte réalisé. C'est
l'occasion, pour les élèves, de s'initier à la
fabrication d'un livre (couverture, page de titre, mise en pages,
illustration) et de sa diffusion (insertion dans une collection,
présentation au public, critique). Il peut en être de
même pour un journal, pour une affiche, pour une page destinée
à un site internet ou à un cédérom.
Au-delà des aspects de présentation, l'élève
apprend à écrire en fonction des effets recherchés
et des publics auxquels il s'adresse : décrire une expérience,
convaincre un correspondant, toucher un lecteur.
La pratique de
l'écriture poétique développe la curiosité
et le goût pour la poésie. Elle doit essentiellement se
présenter sous forme de jeux combinant l'invention et les
contraintes d'écriture.
Au cycle 3, l'écriture
manuscrite est quotidiennement sollicitée. Il importe qu'elle
reste ferme et lisible tout en devenant de plus en plus cursive.
Certains élèves ont encore besoin d'un exercice
regulier de la main. Tous doivent profressivement s'approprier les
bases acquises au cycle précédent pour en faire une
écriture plus personnelle. À l'occasion des activités
d'édition de textes, dans tous les domaines, on peut conduire
les élèves à explorer des familles de caractères
susceptibles d'enrichir leurs moyens graphiques (écriture,
mise en pages, etc.).
4 - Ateliers de lecture
L'accès
à la lecture autonome (lecture silencieuse sans aide d'un
adulte) suppose, tout au long du cycle 3, un travail régulier.
Laisser les élèves fréquenter des fichiers de
lecture qui ne prévoient, comme seule intervention didactique,
que le contrôle des réponses faites à un
questionnaire ne saurait en aucun cas suffire. Des ateliers de
lecture doivent être mis en place, dans chaque domaine
d'activité, en particulier lorsque l'on découvre des
textes d'un type nouveau ou de nouvelles modalités de lecture.
Leur mise en oeuvre est développée de manière
plus approfondie à propos du domaine "Littérature".
Ces recommandations peuvent être transférées
aisément aux textes rencontrés dans les autres
domaines. En aucun cas, cependant, les ateliers de lecture ne peuvent
se substituer à l'activité proprement dire.
L'élève
doit, pour progresser, apprendre à mieux gérer une
tâche complexe : d'une part traiter successivement les marques
linguistiques du texte, d'autre part en élaborer la
compréhension en s'appuyant sur la signification des mots et
des phrases lus mais aussi en mobilisant des connaissances préalables
(connaissances sur le thème du texte, connaissances sur la
langue). Si une partie de ce travail devient automatique, toute
l'attention peut être dirigée vers l'activité la
plus délicate : celle qui conduit à la compréhension
du texte.
Pour aider l'élève à acquérir
plus d'autonomie, il peut être utile de travailler séparément
chacun de ces aspects. Lorsque le travail porte sur la lecture de
mots nouveaux ou de structures syntaxiques délicates, on
limite la difficulté de la compréhension en préparant
le texte au préalable ou en aidant les élèves en
cours de lecture. Lorsque le travail porte sur le développement
des stratégies de compréhension, on limite le nombre de
mots rares et de structures syntaxiques complexes.
L'amélioration
de la reconnaissance des mots rares ou des structures syntaxiques
difficiles peut être développée à partir
de jeux où la vitesse de réaction et la finesse de la
discrimination (entre des mots proches visuellement, par exemple)
sont encouragées. On prendra garde toutefois à se
souvenir que "reconnaissance" implique "connaissance"
et que l'entraînement à la lecture de mots ou de
structures syntaxiques rares doit obligatoirement être précédé
d'un travail oral sur les mêmes réalités (voir
"Observation réfléchie de la langue française").
On se rappellera aussi que l'écriture reste l'un des meilleurs
moyens d'entrer dans la structure orthographique d'un mot rare ou
d'une marque syntaxique et peut donc grandement aider à
l'automatisation de sa reconnaissance en lecture.
La compréhension
des textes suppose d'abord un usage judicieux de la mémoire
susceptible d'intégrer les informations qui sont données
successivement au cours de la lecture. Il faut conduire les enfants à
ce va-et-vient incessant entre ce qui vient d'être lu du texte
et ce qui est en cours de lecture, sans lequel ne se constituent que
des îlots de compréhension isolés les uns des
autres.
Il convient ensuite d'amener l'enfant au bon repérage
des marques linguistiques qui, à l'écrit comme dans le
langage d'évocation, guident cette intégration (dans le
cadre de la phrase comme dans celui du texte). Les substituts du nom
(nominaux ou pronominaux), la ponctuation, les temps du verbe, les
connecteurs, etc., doivent être travaillés de manière
explicite dans les ateliers de lecture. Ils permettent souvent de
faire les inférences nécessaires à la
compréhension que les jeunes lecteurs négligent ou ne
parviennent pas à réaliser. Là encore,
l'explicitation est nécessaire : par exemple, le bon
traitement d'un pronom suppose la prise en compte de son genre et de
son nombre, le repérage de sa fonction, etc.
Enfin, l'accès
à l'autonomie suppose la gestion volontaire par le lecteur de
tout le processus. L'enfant doit apprendre à passer de
compréhensions ponctuelles et lacunaires à des
compréhensions qui prennent en compte tous les aspects du
texte en même temps que les savoirs antérieurement
accumulés. Cela relève d'un effort et d'une exigence
qui ne vont pas de soi. C'est en explicitant avec eux tout le procédé
que les enseignants peuvent amener leurs élèves à
prendre à leur compte les diverses facettes du processus et de
son contrôle.
Les ateliers doivent donc offrir des activités
judicieusement programmées, susceptibles de faire découvrir
ces démarches de manière ordonnée, tout en
consolidant les bases de l'acte de lecture (automatisation de la
reconnaissance des mots).